La culture est-elle victime du phénomène de mort kilométrique?

Dans un texte sur le Festival REGARD publié le 23 mars dans Urbania, Lucie Piqueur titrait Saguenay, quelqu’un aurait pu me le dire avant, que c’était si bien! Je pouvais difficilement être plus en accord avec son titre. Suite à sa conclusion élogieuse :

« Sérieusement, Saguenay: 10/10. T’es belle, ton monde est smatt, ta bière est bonne, ton festival de courts-métrages est incroyable et, grâce à toi, je n’ai plus le coeur gros. Je m’en veux de t’avoir ignorée si longtemps et je vais revenir, c’est sûr. »

J’avais envie de répondre, tu as totalement raison, mais ce n’est pas de ta faute. Pourquoi nous connaissons si peu notre Québec culturel et j’oserais même avancer notre Québec tout court! Ici je ne parle pas uniquement des Montréalais qui arborent souvent plus qu’ils ne le pensent le titre d’insulaire, mais de chacune des régions du Québec qui sont isolées médiatiquement. Je m’en rends encore plus compte depuis que je siège au Réseau des conseils de la culture du Québec. Je vois à quel point il est difficile de savoir ce qui se passe « hors métropoles ».

Qui sait que l’Abitibi a été le siège d’un colloque en 2012 sur l’utilisation des technologies numériques dans le milieu des arts et de la culture et qu’il est le berceau d’un des festivals de musique émergente des plus enthousiasmant (FMEAT)? Qui sait que le premier Conseil de la culture au Québec est né au Bas-Saint-Laurent et qu’il y a un living lab et un fab lab en devenir à Rivière-du-Loup? Qui sait qu’en Mauricie en 2010, il y a eu un grand projet en tourisme culturel d’expérience, une première au Québec. Qui connaît le festival international de cinéma et d’art de Percé : Les Perséides? Même la Capitale a de la difficulté à faire rayonner ses évènements culturels. Tout le monde devrait connaître : où tu vas quand tu dors en marchant.

Bon vous vous imaginez bien que je pourrais continuer pendant des heures… En journalisme, ont parle de mort kilométrique pour parler du phénomène qui donne à une information plus ou moins d’importance selon la proximité géographique avec le lecteur. Pourtant la sensation de distance tend à diminuer avec la découverte de son environnement. Monique Savoie directrice de la Société des arts technologiques disait en conférence que le véritable défi, à notre époque, n’est plus la distance, mais les fuseaux horaires, je suis d’accord avec elle.

Plus de 4 millions de la population du Québec se trouvent dans le Grand Montréal. C’est donc la moitié de la population de la province qui y habite. Ça, personne ne remettra ça en doute. Ce qui peut être questionné par contre c’est de présumer d’emblée que les gens sont intéressés uniquement à ce qui se passe dans leur quartier ou à distance de métro de chez eux. Je suis née à Rimouski et j’y habite toujours ce qui ne m’empêche pas de sillonner le Québec pratiquement chaque semaine. Je m’intéresse évidemment à l’actualité culturelle de Montréal, mais j’aimerais bien aussi savoir ce qui se trame sur la Côte-Nord, en Gaspésie, en Mauricie, en Montérégie! L’actualité culturelle nationale devrait faire un petit tour d’hélicoptère au-dessus de son île pour voir que le Québec est grand. Si par chance vous attrapez un petit bout de région dans les médias il y a fort à parier que c’est pour apprendre une fermeture d’usine, des mises à pieds, une baisse démographique où je ne sais quoi d’autre de déprimant.

Le Québec grouille culturellement et c’est vraiment enthousiasmant. Oui au téléjournal régional en incluant MTL qui a le droit au sien puisque c’est aussi une région à ce que je sache. Mais soyons donc collectivement un peu plus visionnaires. Si nous entendions parler du Québec en son entier au quotidien dans les journaux, les magazines, à la télé, probablement que notre sentiment d’appartenance à ce Québec s’amplifierait. Nous arrêterions de voir la Gaspésie comme une contrée lointaine et exotique, mais bien comme une ressource extraordinaire, une région dans laquelle il faut investir massivement puisqu’elle fait partie de nos forces et entretient l’un des plus beaux panoramas au monde.

Et à l’instar du Saguenay, le Québec est beau et smatt et on devrait avoir honte de l’avoir ignoré médiatiquement si longtemps.

2 commentaires

  1. Diane Hudon · avril 1, 2017

    Je suis bien d’accord avec toi… beaucoup d’initiatives partent des régions et il faut le souligner et c’est vrai qu’en dehors des nouvelles financières, politiques et policières qui viennent souvent de Montréal ont oublie les expériences des régions. De plus sur 1h30 de nouvelles souvent il n’y a qu’un petit 10 minutes pour la nouvelle régionale qui n’est pas publicisé hors région. Et pour le culturel il faut repasser. Les communiqués que l’on transmet ne se rendent pas au réseau des nouvelles mais dans une section culturelle qui est diffusé le plus souovent à la radio tres tôt le matin ou enfin de PM localement.

    J'aime

    • triptublog · avril 2, 2017

      Oui Diane tout le monde aurait avantage à ce que la culture dans toutes les régions sont plus médiatisée. C’est vrai aussi que malheureusement même les nouvelles d’investissement en culture se retrouve dans le segment culturel, peu de chance de voir ce type de nouvelle ouvrir le télé-journal par exemple.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s